Roger Gilbert-Lecomte, 1932 :
P.S. Je pourrais encore dire que…
Mais je ne suis pas de mon avis !



28 avril
Marina Tsvetaeva, 1935 :
Je sens que je vous dis trop, mais trop a toujours été la mesure de mon monde intérieur.



24 avril
René Daumal, 1928 :
Tu sais, je n’écris plus de poèmes pour le moment. Je spécule. J’espécule. J’pécule. Schpoule, schpule. Blu, ble, blu. Non, non, non, est son nom.



20 avril
Henry Miller, 1936 :

Rire ! conseillait Rabelais. Pour tous vos maux, le rire ! Seigneur Jésus, mais elle est difficile à assumer cette sagesse de saine gaieté après tous les remèdes de bonne femme que nous avons ingurgités ! Comment peut-on rire quand on s’est décortiqué la doublure de l’estomac ?



18 avril
Katherine Mansfield, 1905 :

Cet après-midi un Monsieur vient me voir, il apporte son violoncelle, il veut m’entendre jouer ; et maintenant que le moment est arrivé, je n’ai pas envie de le voir. Il est bouffi, il a été l’amant d’un tas d’actrices, il a rôdé dans toutes les villes sous le soleil, il est riche et célibataire. Hier, quand on nous a présentés, j’ai fait la sotte, pour rien. Il a fini par demander la permission de venir me faire une visite aujourd’hui. Kathie, tes caprices sont insupportables ! Il a une tête tellement peu intellectuelle, c’en est navrant.



16 avril
Robert Walser, 1905 :

Je portais une redingote, longue, noire, cintrée, un veston gris argent, un pantalon pas tout à fait assorti, un chapeau haut de forme et une paire de gants roulés dans les mains. J’étais superbe, car une telle redingote fait de vous un homme. Mais j’ai décidé de rester honnête et j’ai rejeté tous les beaux oripeaux. J’ai bouclé ma pauvre valise de menuisier et pris les voiles.



13 avril
Henri Michaux, 1934 :

C’est extraordinaire, cette manie des photos. J’ai écrit pour qu’on puisse justement se passer d’une photo de moi. Me suis-je assez montré ! Eh bien qu’est-ce qu’il leur faut encore ?
Je vais justement faire faire une radioscopie de mes poumons, car ça ne va pas fort là-dedans.
Je la lui enverrai, et un agrandissement de mon nombril. Soyez tranquille, c’est présentable, le cordon ne pend plus. On l’a coupé proprement, en temps voulu.



11 avril
Julio Cortázar, 1984 :

Écoute, je ne demande pas grand-chose,
seulement ta main, la tenir
comme une rainette qui dort contente ainsi.



9 avril
Paul Valet, 1986 :

Ce matin j’ai perdu la tête
Je me suis lancé à sa poursuite et je l’ai retrouvée en bas de l’escalier, entre le balai et le gros torchon humide, de cuisine
J’ai réussi à remettre ma tête à sa place assez facilement, en la vissant sur mon cou entrebâillé
Personne ne s’est aperçu de ce petit accident de parcours, et moi-même je l’ai oublié le lendemain
Il faut écarter tout bazar transcendant



8 avril
George Sand, 1854 :

La vieille Marie a la monomanie des poules. Elle les aime tant qu’elle ne veut jamais retrancher, il y a dans ma cour des volailles qui ont au moins 300 ans et qui ne mordent plus depuis la régence. Il faut leur faire tordre le cou, vu qu’elles mangent beaucoup et déracinent tous mes oeillets.



6 avril
Samuel Beckett, 1953 :

Je me suis laissé dire qu’un journaliste du Figaro Littéraire, chargé d’enquêter sur les écrivains de Seine-et-Marne, avait découvert mon adresse malgré toutes nos précautions et, sa conscience professionnelle l’emportant sur toute considération de sécurité personnelle, menace de me rendre visite. Suivez donc attentivement les faits divers dans les semaines qui viennent, il y aura peut-être deux emmerdeurs en moins dans l’Île de France.