Quito, avant la pluie

Quito

Paula Parrini, Barrio

Quelques mois après la publication de Terre trois fois maudite de César Ramiro Vasconez narrant les tourments du poète Alfredo Gangotena sous la forme d’un journal apocryphe, les éditions MEET remettent la littérature équatorienne en avant avec Au sud de l’équateur d’Edwin Madrid ; une littérature peu connue ou reconnue faute peut-être de n’avoir eu un véritable écrivain-éclaireur qui se serait inscrit dans le boom latino-américain des années soixante-dix comme ses voisins péruviens et colombiens. Il en est resté une littérature que l’on taxe un peu rapidement d’indigénisme. Son auteur le plus représentatif internationalement fut Jorge Icaza (1906-1978) et son célèbre Huasipungo (1934). (suite…)

Classé dans: 4.81 Littérature équatorienne

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Rien n’est fermé jamais : Nezami, Ferdowsi, Khayyam & Attar

IRAN 1

© Jeremy Suyker, Zurkhaneh

En 2008, un bien curieux film d’Abbas Kiarostami sortait sur les écrans : Shirin. Le cinéaste iranien filmait une représentation théâtrale du calvaire de Khosrow et Chîrîn tirée d’un poème de Nezami. Or ce n’était pas la scène qui était filmée mais le visage de 108 spectatrices tout au long de l’heure et demi que dure le film. S’offrait alors un beau film-miroir rythmé par la bande-son des vers du poète du XIIème siècle déclamés par les acteurs. Nous pouvions constater à quel point la poésie en Iran n’était pas seulement un printemps mais aussi et surtout quelque chose de beau et de vivant.

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Classé dans: 3.15 Littérature iranienne

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Sous les espèces du silence

Man RayMan Ray, Portrait de Benjamin Fondane

Charlie Chaplin a désormais son musée en Suisse. On sait par tous les écrits de l’époque (ceux de Desnos, d’Aragon, Cendrars, Fernand Léger, etc.) comment, dans les années vingt, les films du petit vagabond soulevèrent l’enthousiasme de tous les milieux d’avant-garde. Surtout connu comme poète et philosophe, Benjamin Fondane fut également un excellent critique et théoricien du cinéma. Lorsqu’au milieu des années vingt il quitte la Roumanie pour Paris, où il marche sur le fil de toutes les avant-gardes, lui aussi partage l’enthousiasme général pour le film muet.

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Classé dans: 2.30 Littérature suisse de langue française, 6.90 littérature roumaine, VARIA

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Les traîneries monstres

Traîneries

Robert Rauschenberg, Riding bikes, 1998

La forme d’une ville change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel, Hanns Zischler pourrait faire sien les vers de Charles Baudelaire pour son Berlin est trop grand pour Berlin. De destructions incessantes (et cela même avant les bombardements de la deuxième guerre mondiale) en reconstructions sans plan réel d’urbanisme, la ville de Berlin n’a jamais réussi qu’à devenir le fantôme de la ville internationale qu’elle voudrait être. La réédition de ce Berlin est trop grand pour Berlin (épuisé dans une version courte depuis quelques années) aux éditions Macula est la bienvenue pour comprendre cette histoire et la sensation étrange que l’on peut ressentir en déambulant dans cette ville.

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Classé dans: 7.10 Littérature allemande, VARIA

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Les cailloux de Cayenne

SamWinston© Sam Winston, Drawing On Memory 

Avec son autobiographie Just Kids (2010), Patti Smith revenait avec beaucoup de délicatesse sur son enfance en Illinois mais aussi et surtout sur ses premières années new-yorkaises et la vie qu’elle partagera avec le photographe Robert Mapplethorpe. La chanteuse américaine nous faisait plonger dans ce New-York en ébullition du début des années soixante-dix en nous narrant son chemin artistique qui aboutira à l’album Horses et lancera sa carrière de rockeuse en 1975.

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Classé dans: 8.20 Littérature américaine, VARIA

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Surpris par la nuit : les objectivistes américains

Surpris par la nuit

Louis Zukofsky et Paul Blackburn © 1997 Elsa Dorfman (it’s our tiny refrigerator)

*

« Sincérité et objectivation », « Je vois une chose, elle m’émeut, je la transcris comme je la vois, je m’abstiens de tout commentaire ». C’est ainsi que Louis Zukofsky et Charles Reznikoff décrivaient ce mouvement mis au goût du jour avec la publication du numéro que leur a consacré la Revue Poetry en 1931. S’ajoutent à ce petit groupe, George Oppen et Carl Rakosi. Aussi pourrait-on y accoler un cousin anglais, Basil Bunting qui, à la même époque, traçait une veine poétique similaire. Inspirés par Ezra Pound et Carlos Williams Carlos, leur influence n’a cessé de croitre tout au long du XXème siècle.

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Classé dans: 8.20 Littérature américaine

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L’œuvre-monde de Mario Vargas Llosa

Llosa

Stuart Franklin, At the Malecon in Miraflores, 2007

C’est probablement son rêve d’étudiant liménien qui se réalise pour Mario Vargas Llosa avec la publication dans la collection de Pléiade d’une partie de son œuvre. Après avoir été lauréat en 2010 du Prix Nobel de littérature, cette prestigieuse édition en deux tomes (c’est lui qui a choisi les romans qui y figurent) offre d’une façon méritée à Mario Vargas Llosa une seconde récompense de choix. Ecrivain acharné – comparé avec affection à un rhinocéros par Julio Cortázar – tant dans le genre romanesque, l’essai ou encore les pièces de théâtre, Mario Vargas Llosa a eu une production ample et singulière. Cette dernière compte aujourd’hui plus d’une trentaine de titres s’affirme comme l’une des plus conséquentes d’Amérique Latine à l’instar de Jorge Luis Borges, Octavio Paz, Julio Cortázar, Gabriel Garcia-Marquez ou encore Carlos Fuentes.

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Classé dans: 4.87 Littérature péruvienne

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On a clothesline

Dans la rue on ne verra bientôt plus que des artistes et on aura toutes les peines du monde à y découvrir un homme.Arthur Cravan

Mina Loy, Christ on a clothesline

Mina Loy, Christ on a clothesline

Chevalier d’industrie, marin sur le Pacifique, muletier, cueilleur d’oranges en Californie, neveu d’Oscar Wilde, bûcheron dans les forêts géantes, petit-fils du chancelier de la reine, chauffeur d’automobile à Berlin, cambrioleur, poète et boxeur, Arthur Cravan n’a pas épuisé tous les possibles de ses métamorphoses.

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Classé dans: 2.10 Littérature française, VARIA

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En quête de miracle

post

Marina Abramovic, 1974

En 1974, dans une galerie de Naples, une jeune femme d’origine yougoslave décrète qu’elle se tiendra, six heures durant, à la disposition du public, acceptant passivement tout ce qu’on jugera bon de lui faire subir. Pour encourager la participation des visiteurs, elle dispose sur une table différents objets parmi lesquels des chaînes, des fouets, une ceinture en cuir, des lames de rasoir, une fleur, des plumes, une lotion pour le corps.Pendant les premières heures, les visiteurs se contentent de tourner autour de l’artiste, effleurant, ou tâtant, délicatement certaines parties de son corps. Cependant, la nature des interventions évolue et, aux environs de la quatrième heure, tous les vêtements de l’artiste ont été lacérés, et elle est, elle-même, l’objet d’actes de plus en plus violents. Un petit homme âgé tire le visage de l’artiste à lui et l’embrasse longuement sur la bouche. Le corps nu est étreint, pincé, fouetté. Quelqu’un entreprend même de pratiquer des incisions à l’aide des lames de rasoir et de sucer le sang des blessures. Aux environs de la cinquième heure, le public réalisant que l’artiste, décidément, n’offrira aucune résistance, quoi que l’on entreprenne sur son corps, il devient clair que la jeune femme, désormais, a toutes les chances d’être agressée plus violemment encore et violée avant la fin de l’action. La situation semble même prendre un tour si incontrôlable qu’un groupe de protecteurs se forme peu à peu. Quand, aux environs de la sixième heure, un individu particulièrement diabolique place un revolver chargé dans la main de l’artiste, dispose le doigt de celle-ci autour de la détente et tente de pointer le canon vers sa tempe, les protecteurs s’interposent pour écarter définitivement tout danger.

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Classé dans: 8.20 Littérature américaine, VARIA

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Un trajet éprouvant

GOETHE : Par où diable m’as-tu donc suivi ?LENZ : J’ignore par où tu es passé, mais j’ai fait un trajet éprouvant.
Jakob M. R. Lenz, Pandaemonium Germanicum

Claudio Hils

©Claudio Hils, Hölderlin : eine Winterreise, Tübingen, Klöpfer und Meyer, 2012

Le propos est toujours le même : Hölderlin à Böhlendorf : « Allemand, je dois le rester, dussent les besoins de mon cœur et le besoin de manger me poussser jusqu’à Tahiti » ; Kleist à Frédéric-Guillaume III : « plusieurs fois déjà », dit-il « il en est venu à la triste pensée » qu’il devrait rechercher sa subsistance à l’étranger ; Ludwig Wolfram à Varnhagen von Ense : « vous n’allez pas laisser un écrivain allemand de réputation irréprochable être la proie de la misère ». Gregorovius à Heyse : « ces Allemands vous laisseraient tout bonnement mourir de faim ». Et voici maintenant Büchner s’adressant à Gutzkov : « vous aurez l’occasion de voir tout ce dont un allemand est capable quand il a faim ». De telles lettres font tomber une lumière crue sur la longue procession de poètes et de penseurs allemands qui, rivés à la chaîne d’une commune misère, se traîne au pied du Parnasse de Weimar où les Professeurs s’en vont justement herboriser.

Walter Benjamin, Allemands : une série de lettres, Paris, Hachette littérature, 1979

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Classé dans: 7.10 Littérature allemande

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